Vegan-veggie-flexi-carni? Protocole du repas.

À l’âge florissant de l’adolescence, j’étais surnommée « la carnivore » par les miens. Je dévorais la viande rouge avec un plaisir évident. J’attendais mon steak du mercredi midi comme aujourd’hui les afterworks du vendredi soir. Viande rouge, viande blanche, volaille, pâtés, rôtisseries, jambons, lardons, tous les jours je prenais, avide, la pièce d’animal qu’on me tendait. J’appréciais pleinement les escalopes de dinde à la crème et le poulet rôti du dimanche.

Le matin, je me contentais sans question d’un bol de céréales Kellogg’s noyés dans du lait de vache UHT. À l’heure du goûter, s’enchaînaient les gâteaux industriels au chocolat emballés dans des sachets individuels. Les Twix, Mars, et autres confiseries étaient mes péchés mignons que je mangeais sans limites. Je trouvais une certaine joie à aller me restaurer avec des amis dans le géant Mc Donalds, à m’offrir un shampoing Schwarzkopf ou un déo cher bourré d’aluminiums sous prétexte qu’il sent bon, ou une après-midi chez H&M. Mes fruits et légumes étaient importés et premier prix. Dans mes premiers appartements, nettoyer la cuisine au Sopalin ou laisser un peu de chauffage pendant la journée n’était pas un problème.

Et puis.

Et puis, sans en être consciente, s’est amenée cette fameuse prise de conscience.

D’où est sortie cette nouvelle jeune fille, qui fait de l’écologie une priorité quotidienne et de la croissance économique un ennemi juré, qui ne mange plus de viande ou de lait ou de produits transformés, qui se pâme dans les friperies et engueule ses colocs pour réclamer un tri sélectif stric, je ne sais pas. Les facteurs et sources du changement de mon mode de vie sont sûrement multiples et inconscients, d’une certaine manière. Dus à ce que je classerai comme trois sortes d’éducations différentes : une éducation du milieu (classe sociale et attributs sociaux), une éducation familiale (les façons dont nos proches nous ont élevés) et une éducation personnelle : des images captées et des mots lus, des rencontres et des expériences. L’ouverture personnelle que nous engageons face à notre siècle et à l’air du temps.

Je me souviens d’un soir qui pourrait apparaître comme un point de départ. Ce soir-là, je sortais de mon bureau parisien dans le quartier du Marais. Il faisait frais mais beau, je décidais de marcher jusqu’au métro un peu plus loin mais plus direct. Et là, au gré du lèche-vitrine, je tombe sur une boutique, mignonne, sans fard, qui se présente au piéton en ces termes : friperie. Je n’avais appris ce mot, « friperie », que quelques mois auparavant. La curiosité l’emporte sur les préjugés et je rentre.

Une heure plus tard, je ressortis avec un sac de vêtements à la main, et dans mon esprit, un bouillonnement inexplicable comme si je me trouvais éclairée d’une nouvelle lumière.

Des vêtements impeccables pour des prix imbattables ? Un vêtement qui a vu la vie, a eu une vie, un background, qui ne sort pas puant de l’usine et des bassines de teintures, ou coupable d’avoir été amené au monde par des petites mains d’ouvriers à peine majeurs payé un centième de son prix ? Un vêtement qui va renaître de son abandon et épouser les formes d’un autre corps, lui évitant la poubelle ?

C’était sans équivoque le puissant sentiment d’avoir adopté un enfant du tiers-monde qui m’envahissait. D’avoir donné un sens à mon besoin de m’habiller, de voir enfin le shopping comme un acte fondé. Presque une action humanitaire.

Entrée.

Cet article est le fruit longuement mûri d’une réflexion de plusieurs semaines, et s’appuie sur de réelles recherches que j’ai menées à travers des lectures, des documentaires, des discussions, des observations. C’est avant tout une pensée personnelle, mais mise au service d’une conclusion qui se veut plus général. Et si tenir un propos trop intellectuel – sur un sujet aussi primaire que la bouffe – désintéresse d’emblée après ces quelques paragraphes, alors laissez-moi faire part avant toute chose de ce que cela signifie pour nous les Hommes.

Bouffer.

Socrate nous pose la question depuis l’antiquité : Manger pour vivre ou vivre pour manger ?

Avec Platon, ils ont pris une décision : la métaphysique de l’esprit étant bien plus noble et bien plus intéressante que notre nécessité de nous nourrir, il fallait donc la mettre en avant. Une conception très dualiste de l’esprit a été appliquée. Nous avons séparé l’homme en tant que corps et l’homme en tant qu’esprit.

Quelle énorme boulette.

Selon le philosophe Harald Lemke dans son livre Ethik des Essen – Einführung in die Gastosophie (Une éthique de l’alimentation – introduction à la gastrosophie), si nous essayons un instant de sortir de cette tradition où il y a d’un coté l’esprit et la connaissance, de l’autre le corps et la nourriture, alors nous trouvons la clé au problème de notre époque : nous sommes précisément les animaux qui n’ont aucun instinct quand il s’agit de se nourrir, qui ne savent pas écouter leurs besoins, ni savoir quel aliment ils doivent manger pour faire face à telle ou telle carence.

Nous avons besoin de toute notre matière grise pour savoir quoi manger.

Et il y a donc une autre vérité sur notre malheureuse condition humaine qui s’ajoute à cela : nous consacrons tout notre temps à la nourriture. De temps en temps, nous faisons des pauses pour occuper notre esprit à autre chose, mais les repas constituent la base de notre quotidien. Et parce que nous avons décidé depuis Socrate d’en faire un concept trivial, nous n’avons que des connaissances très fragmentées sur la question.

Et ensuite, l’acte de manger est TOUT sauf trivial : l’alimentation n’est pas une affaire privée comme le véhicule le libéralisme. Car chaque fois que je mange, j’exerce une action bien définie sur le monde qui m’entoure. Le choix de ce que je mange et de la manière dont je le mange façonne le monde, car cela influe sur des dizaines de vecteurs différents que peuvent être les conditions de travail de millions de paysans, les conditions éthiques en abattoir ou simplement l’ensemble du marché de l’agroalimentaire. Manger EST un acte politique. C’est un acte humanitaire, écologique, éthique, civique.

Porter à sa bouche un hamburger maison bio ou un BurgerKing revient à choisir son camp. Je mange, donc je me positionne. Je mange donc je pense.

La cuisine est en fait tout un processus intellectuel, qui a aujourd’hui trois buts assez nets. Premièrement, je mange pour survivre et vivre, parce que j’ai besoin de nutriments, c’est normal.

Deuxièmement, je mange pour me faire plaisir. Gustativement certes, mais surtout socialement. Les français aujourd’hui passent paradoxalement moins de temps dans la cuisine, mais plus de temps à table, entre eux.

Troisièmement, et c’est assez lié à notre époque, je mange pour exprimer mon opinion. Et cela grâce à une possibilité que nous n’avions pas il y a encore 50 ans : l’abondance de choix.

Plat principal : les viandes en sauces.

Et oui, c’est un fait que l’Humanité n’a jamais connu : nous vivons dans un pays de cocagne. Si on remet les choses dans une perspective de l’Histoire culturelle, on s’aperçoit que les gens ont été confrontés a des situations de manque à toutes époques : peu de denrées à disposition, des carences, des pénuries et des saisons dures. Nos ancêtres ont donc développé des rêves autour d’un état idéalisé de vie où la nourriture serait abondante et à portée de mains. Et aujourd’hui, depuis 20 ou 30 ans, nous avons atteint cet état.

Quand nous entrons dans un supermarché, sans vraiment y penser, nous sommes dans le monde utopique rêvé par les hommes depuis la nuit des temps.

Aujourd’hui, il y a presque 2 fois et demi plus de personnes qui meurent de trop manger que de sous-nutrition.

Et dans ce monde utopique et dans cette logique d’excès alimentaire, nous avons accès en masse à ce que nos grands-parents considéraient comme un produit de luxe : la viande.

La viande est une denrée idéale. Si la viande issue de l’élevage intensif n’existait pas, le capitalisme aurait dû l’inventer. Un animal, on peut l’élever, l’engraisser, le torturer, l’optimiser, puis l’emballer de manière a ce que personne ne remarque tout le process horrible qui a eu lieu en amont. Et ces bêtes sont elles aussi nourries avec des produits idéaux : le soja , le maïs, sont des céréales qui se conservent très bien, se transforment génétiquement sans problème, se mixent avec les antibiotiques, et le bétail aime ces céréales et les préfère à l’herbe, finalement. Ça a meilleur goût, faut dire.

Alors, quand je choisis au supermarché un beefsteak emballé en Hollande au lieu d’une brassée de légumes de saisons parce que ça a meilleur goût, je me sens aussi intelligente qu’une vache. Et tout autant l’esclave de ce système.

Mais cette industrie de la viande reste idéale dans la marche de notre monde. Car c’est une marchandise facile à produire, proposée à bas prix. Et une marchandise qui incite a la déraison culinaire, parce que la viande, oui, c’est bon.

La déraison culinaire devant cette gamme de choix et de goût incroyables s’exprime par ce fait que beaucoup de gens en toute lucidité mangent au point que leur corps les fait souffrir, leurs capacités et organes se ruinent, et les amène prématurément en fin de vie. Aujourd’hui on sait aussi que l’excès de nourriture ne ruine pas seulement le corps mais aussi l’esprit. Selon plusieurs études européennes, certains troubles dégénératifs sont liés à la sur-alimentation.

Mais malgré cet état de fait, notre monde nous le crie et nous le répète : Achetez ! consommez ! Plus ! Encore ! La croissance économique ne demande que cela. Vu sous cet angle, on peut dire que les obèses sont les consommateurs les plus conformistes qui se sacrifient de leur plein gré pour la croissance mondiale.

Cependant l’obésité est liée à un autre problème majeur dont j’aimerais parler, à savoir les additifs présents dans la production d’aliments industriels : les sels et les sucres.

Le sel était autrefois un moyen de conservation. Aujourd’hui il permet de charger le plat et harmoniser sa texture, il n’est pas cher, rajoute du poids, et en plus , déforme le goût pour le rendre meilleur. Tout comme le sucre, c’est un exhausteur de goût formidable qui masque l’aliment fade ou l’amertume, et qui est beaucoup trop utilisé. Et, pire que tout, le sel tue le palais et réduit notre capacité à sentir le goût. Si demain vous arrêtez de saler vos aliments, ou de sucrer vos yaourts, vous aurez cette pensée là : « Ça n’a pas de goût ».

J’ai arrêté depuis plus de trois ans maintenant de saler et sucrer ce que je mangeais, puisque l’apport en sucre et sel est déjà bien assez présent dans les produits, notamment industriels. Aujourd’hui je peux affirmer que je parviens de nouveau à sentir le vrai goût de l’œuf en le faisant brouiller dans une poêle avec – seulement – un peu d’huile d’olive. Je peut dire que je sens le goût amer du café en le buvant noir, sans lait sans sucre, tel quel. Je peux dire que oui, le saumon fumé est excessivement salé et qu’il y a bien trop de sucre dans le pain de mie. Parce que mon palais est maintenant capable de me le dire et de s’en surprendre.

Et grâce à cela, j’ai le sentiment à chaque fois que tout aliment naturel que je mastique est bon, parce que chaque goût est différent et unique, parce que même un chou de Bruxelles cuit à l’eau, a sa saveur particulière. Parce que le champ est infini, il n’y a plus ce seul et même goût de sel ou de sucre dans tout ce que je donne à étudier à mon palais. Et les découvertes sont multiples, le sentiment de manger « pur » amène un fort sentiment de légèreté.

Il y a quelques semaines déjà, j’ai d’ailleurs donné à mon palais un arc-en-ciel de saveur… Avec un hamburger végan. Que je n’avais pas prémédité de prendre, mais qui avait l’air vachement bon sur la carte. Et qui, en effet, avait un goût riche qu’aucune viande n’aurait pu égaler. Alors qu’il aurait dû m’être impossible de résister au fumet d’un steak saignant. Alors que pourtant, je suis la première à dire qu’il y a beaucoup à redire sur le véganisme.

Plat principal : assortiment de légumes.

Berlin est une ville pionnière à bien des égards. La mégalopole allemande est en train de devenir la capitale européenne du véganisme. En Allemagne en vérité, le marché végan est beaucoup plus développé qu’en France. Pourtant, depuis la diffusion des vidéos de l’association L214 assez récemment, on observe un déclic dans la masse de consommateurs français. Lorsqu’on voit dans les abattoirs français et même les abattoirs bio le traitement qui est infligé aux vaches, aux cochons, aux volailles, et qu’on regarde ces images insupportables de l’origine de notre cuisse de poulet, cela fait réfléchir. Alors, à Berlin, à Paris, à Londres, et un peu partout, le véganisme se dévoile et ne se défini plus comme une mode snob ou hipster.

Ici à Berlin, les véganes sont comme les roux. C’est incongru, mais c’est normal. C’est presque rare, mais c’est original. Le must du végan ? Il rapporte. Et il rapporte de manière exponentielle. Les véganes ont leurs cafés et restaurants, leur rayon dans les supermarchés, voire leur magasin spécialisés, ils ont leurs réseaux, leur pourcentage maintenant viable de fournisseurs et d’acheteurs. Ils ont leur part de marché.

Les véganes sont les nouveaux roux.

Sauf qu’apparemment, ce gène-là se transmet de manière bien plus sûr, et bien plus rapide.

Le véganisme est le témoin direct d’un monde en train de se transformer, et surtout de la transformation de notre manière de penser. Ce qui au départ était une niche marginale un peu bizarre est entrain de devenir le nouveau « in » ; je suis végan, je suis responsable, éclairé, bourgeois, en adéquation avec mon temps, original, fier et indépendant face au système.

Et, oui. Le marché végan est désormais rentable. L’offre et le chiffre d’affaire à Berlin ne cesse de croître. Le mode de vie végan est en passe d’entrer dans les meurs. Quand on se penche sur ce qui pousse les gens à changer leur mode de vie, c’est évidemment des raisons de santé, mais aussi des raisons écologiques et économiques. C’est une prise de conscience : continuer à nous nourrir de viande comme nous le faisons, c’est assurer une famine mondiale dans les 30 ans à venir. Car bien que nous soyons abondamment nourris, dans 40 ans, nous serons 9 milliards de bouches à remplir. Et l’espace et le temps et la quantité d’eau et de forage que nécessite l’élevage de bétail, nous ne les aurons plus. Il faudra trouver dans le végétal à côté de chez nous le moyen de nous nourrir autrement… Ou alors manger des insectes. Ou dénicher le moyen d’importer de la viande produite sur Mars.

Pourtant, d’autres alternatives sont en cours d’essai, dont l’une qui commence à émerger un peu partout : la viande synthétique. À partir de cellule souches des muscles de la vache, l’idée est simplement de recréer de la viande. Les scientifiques s’amusent à tenter d’être les pionniers en la matière, que ce soit dans de grands labos allemands ou dans des garages à San Francisco dans lesquels des « biologistes-hackers » se réunissent en secret.

Récemment a été révélé à la presse un steak entièrement créé en bio-réacteurs, réalisé en trois mois (au lieu des trois ans d’élevage nécessaires avant que la vache ne finisse à l’abattoir). Selon son fabricant, une extraction de cellule souche d’une seule vache pourrait créer dix mille steaks. Et en trois mois.

Donc bientôt nous copulerons avec des robots et mangeront de la viande-éprouvette. Vive le progrès.

Mais revenons à nos véganes. (puisque le mouton est à proscrire).

De manière personnelle, je ne suis pas totalement en accord avec le véganisme, même si j’admire l’idéologie. Et je vais essayer de définir mes points de désaccords.

Commençons par un fait divers : des enfants de parents véganes sont morts de malnutrition. Pourquoi ? Parce que la nature et l’évolution nous ont programmés pour une alimentation variée. Nous avons besoin de végétal, et nous avons besoin d’animal. La vitamine B12 présente dans le lait, le poisson, la viande, les œufs, est indispensable et si nous en manquons, cela peut entraîner une fatigue extrême, des états dépressifs, et des dommages dans le système nerveux. Un nourrisson a besoin d’une quantité impressionnante de nutriments pour son développement et la moindre carence peut s’avérer désastreuse.

Mais parmi ce fouillis de conseils et de recommandations, ces dizaines de régimes différents, sans parler des méthodes low-carb ou de ces fausses bonnes idées sur le gluten et les glucides, ce qui est véritablement important dans tous ces questionnements sur notre alimentation, c’est la variété. Nous pouvons choisir de devenir végan, mais au prix de substituer l’animal par des compléments alimentaires chimiques, comme le lait végétal enrichit en B12, ou en calcium, ce qui n’est pas forcément plus sain.

Nous consommons bien sûr trop de viande. Mais les produits alternatifs sont clairement de moindre qualité que les substances non synthétiques. Pourtant, les humains herbivores se répandent et les industriels qui s’emparent de cette nouvelle mine d’or doivent faire face à ces questions.

Sur un total de 80 millions d’habitants il y a en Allemagne 7 millions de végétariens et environ un million de véganes. Mais il y a 40 millions de flexitariens dont le but est juste de consommer moins de viande, et c’est là que se trouve réellement la mine d’or.

Savez-vous comment l’Homme en est venu à devenir l’intelligence supérieure qui gouverne la Terre ? Pas vraiment pour des histoires d’évolution et de hasard. Mais parce qu’un jour, nos lointains ancêtres se sont mis à cuisiner.

Il y a 500 000 ans, on découvre le feu. Le feu a amené à faire une chose inédite : cuire les aliments. Cuire les végétaux, la viande, les racines. La cuisson permet une bien meilleure assimilation des nutriments par l’organisme et alimente le cerveau en énergie bien plus efficacement. À ce moment là de la découverte du feu, les paléontologues ont constaté une augmentation explosive de la taille de notre boite crânienne et de notre cerveau. La raison de notre intelligence ultra-développée se trouve dans la transformation d’un steak tartare en un steak à point. Tu entends ça, Socrate ?

Notre cerveau est près de 5 fois plus gros que celui que devrait avoir un mammifère de notre taille et consomme 20% de l’énergie produite par notre métabolisme, ce qui est énorme et jamais vu dans le monde animal.

Mais aujourd’hui, la richesse de notre alimentation face à notre inactivité (nous ne sommes plus nomades, ne chassons plus et ne nous activons plus comme avant) cause des maladies (allergies, migraines, cancer, diabète, obésité et toutes ces maladies dites de «civilisation »). Il faut donc revoir notre apport énergétique à la baisse. Et revoir notre manière de manger.

Fromage.

Un exemple sujet à controverse actuellement, sur lequel j’aimerais me pencher un moment.

Le lait.

Le lait et ses dérivés sont les aliments les plus sujets à débat dans ces discussions sur l’alimentation. D’un point de vue scientifique, sa valeur exceptionnelle en nutriments et sont aide à la croissance est exceptionnelle. Du point de vue des affaires, l’industrie laitière est un acteur économique de poids en France et en Allemagne, dispose de lobbies très puissants et génère des milliards d’euros de recettes qui participent à la croissance.

On nous répète que le lait est bon pour la santé lorsqu’on est enfant. Mais le lait de vache que nous consommons est du lait maternelle. On insémine les vaches artificiellement et on leur retire leur veau à la naissance pour les emmener à l’abattoir. Lieu où toutes ces mamans finiront dans quelques années.

De plus, le lait d’aujourd’hui n’est plus le lait d’il y a soixante ans. C’est un produit industriel. Une vache laitière de maintenant produit 27 000 litres de lait par an alors que sans industries et dans le respect de l’animal, elles en produisent à peine 2 000. Et cela grâce à une nourriture au colza, aux céréales (à la place de l’herbe), aux antibiotiques, etc.

Et puis, il y a ces nouvelles études (seulement celles qui ne sont pas financés par les grands groupes laitiers. Oui, car n’oublions pas. La plupart des études scientifiques sur le lait et les produits laitiers doit être financé. Et en grande partie, ces études sont financés de manière privée par les milieux de l’industrie laitières. Ce sont des études qui baignent dans le conflit d’intérêt.) – études qui portent à réflexion.

La migraine. Les céphalées. Les troubles intestinaux. Les problèmes de sommeil. Les problèmes de concentration. Les personnes qui en sont sujettes et qui ont fait l’expérience d’arrêter complètement la consommation de produits laitiers, pendant un mois, ont vu leur maux disparaître de manière inexplicable.

Ces expériences isolées sont encore loin de faire l’objet d’une étude scientifique à grande échelle et ceci pour les raisons évidentes dont nous avons parlé, le poids économique, les lobbies laitiers, etc. Mais selon certains médecins et scientifiques qui commencent à faire des tests sur des échantillons qui se comptent en centaines de personnes, 60 à 80% des gens sont allergiques aux produits laitiers d’une manière ou d’une autre. Le lait et ses dérivés seraient aussi responsables d’une baisse de notre immunité et du fait que nous avons une plus grande fragilité face aux infections. Ceci en particulier pour une raison précise : le lait de vache que nous buvons a été mélangé dans des cuves énormes et est en réalité le lait de plusieurs centaines de vaches. Si nous buvons un lait qui provient d’une ferme avec 30 000 vaches, alors nous buvons 30 000 profils immunologiques différents, une masse d’information génétique impossible à traiter pour notre corps.

30 000 vaches qui, pour la plupart, sont traitées aux antibiotiques. Des antibiotiques qui leur évite par exemple d’avoir des pis enflés, ou des problèmes de lactation, etc. Ces antibiotiques sont assimilés par le corps de la vache, et ne sont pas censés se retrouver dans le lait, mais se retrouvent dans sa viande, mais aussi dans son urine, qui infiltre les sols, infiltre les plantes, l’herbe, broutée de nouveau par cette même vache qui produit ce lait que nous allons boire. Ces substances antibiotiques ne se retrouvent pas directement dans le lait, oui, mais si on prend en compte le cycle de l’élevage du bétail, alors nous buvons des centaines d’antibiotiques diffèrents avec notre verre de lait quotidien. La pasteurisation n’y change rien, elle empire même les choses en changeant la forme des protéines.

La protéine de lait, après l’âge de cinq ans, n’a plus sa place – gastriquement parlant – dans l’alimentation des enfants. La protéine de lait serait responsable du surpoids à l’adolescence, du diabète, et des maladies auto-immunes. Pourtant, la richesse du lait, d’un yaourt nature sans sucre, est absolument recommandée chez les enfants, et plus tard pour éviter l’ostéoporose et les fractures osseuses. Les pouvoirs publics français recommandent 3 à 4 produits laitiers par jour, notamment pour les enfants.

Une étude suédoise (le pays d’Europe où il y a le plus de buveurs de laits) faites sur 100 000 individus qui boivent du lait régulièrement, a révélé qu’ils ont, au contraire, plus de fractures des os notamment de la hanche chez les femmes, et une espérance de vie moins élevée. Par contre, le lait fermenté qu’on trouve dans les fromages et le beurre serait sans risque (c’est encore en étude).

Une autre étude faite il y a quelques années dans une université américaine et récemment dans une autre université allemande, prouve que le lait stimule la croissance de manière exacerbée. Cela entraîne après l’adolescence un mal persistant : l’acné. Et puis, par la conséquence d’une hormone de croissance qui n’a plus à être stimulée, cela crée du diabète, des migraines, et même le cancer.

La conclusion à cela serait que l’excès de produit laitiers est mauvais, tout comme son éradication totale. Un peu de lait, un peu de produits laitiers, mis en brique dans le champ à côté et venant de vaches mangeant de l’herbe et traitées sainement est peut-être le plus intelligent.

C’est ce que j’ai choisi de faire. J’achète mon fromage et ma crème fraîche plus chers, bios et locaux, mais plus rarement. Je refuse de renoncer au goût du beurre et du fromage, mais je refuse aussi de me retrouver un jour sujette aux migraines – et à l’acné, contre laquelle je me bats déjà après l’arrêt de la pilule contraceptive. Donc je mange moins de camembert et de tartines beurrées. Et je bois du lait de soja. C’est tout.

Mais on peut se pencher sur ce lait de soja, que je bois chaque matin dans mon bol de flocons de différents céréales bio, de fruits frais coupés ou secs. À la place des Kellogg’s.

Produire du lait de soja n’est pas un procédé écologique. Le soja est même considéré comme l’un des dix aliments avec la plus grande empreinte carbone. Donc, même si mes briques de lait de soja sont dites Bio, produites en Autriche avec des normes européennes et garanties sans additifs, sans sucres, juste des graines de soja, comment être sûr ?

Car il est établi un fait qui se trouve à l’origine du processus : le soja est difficile à produire, malgré qu’il soit génétiquement modifié, il nécessite toujours maints pesticides et engrais pour être rentable. Or, si mon soja que je consomme est dit bio et qu’il ne me coûte que 0,99 cts au litre, c’est que j’en paye le prix ailleurs.

L’Union Européenne importe 35 millions de tonnes de soja par an, en provenance principalement d’Amérique du Sud. Pour nourrir son bétail. Ces 35 millions sont à l’origine de la destruction des forêts tropicales. Acheter du lait de soja importé revient à cautionner la disparition de ces puits de carbone si importants pour l’équilibre écologique. Pourtant, ils sont présents partout, l’extraction du soja en produit protéique sert aux fromages, aux pâtisseries, aux plats préparés, aux sauces, et j’en passe.

Même chose pour l’avocat. L’avocat est un produit à la mode, il est bon, crémeux, et sain (même si l’un des fruits les plus gras et les plus caloriques). C’est l’un des produits les plus consommés en France et en Allemagne, à hauteur du kiwi ou du citron. Mais cette consommation explosive de l’avocat est à elle seule un drame pour le climat mais surtout pour l’apport en eau des régions d’Afrique et d’Amérique du Sud qui se sont lancées dans le business. Il est très compliqué de faire pousser un avocat. Avec 1 000 litres d’eau, vous faites pousser… 2 avocats et demi. Et pour les habitants autour des plantations d’avocats qui s’étendent à perte de vue, c’est une calamité. Certains pays producteurs sont maintenant obligé d’importer le maïs, qu’ils exportaient auparavant, car il n’ont plus d’eau pour le faire pousser. Et les jeunes enfants meurent de soif. (plus d’infos ici)

Dessert et café.

Acheter un avocat importé m’a alors paru comme le geste que je pouvais éviter pour ralentir un peu le processus de raréfaction de l’eau potable sur la planète et cette empreinte carbone hallucinante pour un fruit appelé « la poire alligator ».

Mais bon, à côté de cela je consomme aussi beaucoup de café sans forcément regarder sa provenance et le café est, dans ce thème, une aberration écologique bien plus importante (et ne parlons pas du chocolat), mais bon, c’est déjà un premier pas.

Il est aussi possible de planter un avocatier chez soi et cultiver son propre apport en avocat, mais cela, moi je n’ai pas le temps de m’en occuper.

Je n’ai pas le temps. Non, je n’ai pas le temps de bien me nourrir. Avec un travail qui me prend 43 à 45 heures par semaine, avec deux heures quotidiennes de transport et 6 heures de sommeil par nuit, faisons les comptes, ma vie se résume à 7 heures quotidiennes de temps libre pour manger, me doucher, m’habiller, passer des coups de fils ou des moments entre amis, lire, rêver, faire les courses, le ménage, et ces milliards d’autres trucs. Sans compter que parfois 6 heures de sommeil par nuit est un sacrifice qui se paye et que je dois rattraper.

Alors je fais vite-fait les courses au supermarché. Et bois encore plus de café.

Mais c’est un fait : avec notre mode de vie actuel, comprenant notamment les écrans chronophages et des temps de transport juste invraisemblables dans les grandes villes, nous n’avons pas le temps.

Aujourd’hui la femme n’est plus a la maison pour cuisiner. La conséquence de l’émancipation féminine, c’est que la cuisine n’est plus la responsabilité de personne. Il n’y a plus personne en charge des repas, à qui on donne le temps et les techniques pour le faire. Alors, aujourd’hui puisqu’on ne sait pas cuisiner et qu’on n’a pas de temps à consacrer à cela, nous laissons les autres décider à notre place de ce que nous mangeons. Et nous leur achetons aveuglément le résultat de notre condition de personne évoluée, qui se fait aspirer le porte-monnaie et la santé dans une nourriture factice qui se pèse en sucre et sel.

Par exemple, qui sait que la viande de porc, une fois le cochon tué et découpé, est de couleur grise ? Oui, la viande de porc est grise, d’un gris cendré. Mais celle que nous achetons a reçu un traitement aux sels nitrités, qui lui donne cette jolie couleur rose cochon.

Car si nous présentons de la viande grise aux gens, ils ne l’achèterons pas. Et c’est là toute l’ampleur du problème, c’est tout l’imaginaire collectif qu’il faut rééduquer.

L’idéal serait de réduire notre temps de travail pour avoir du temps pour cuisiner ensemble, pour qu’on fasse enfin de notre temps de nutrition un temps qui a de l’importance. Dans nombre d’entreprises dont la mienne, je dois manger le midi en une demi-heure. Et je peux assurer que si je n’avais pas ces afterworks avec les collègues, je n’aurais aucun moyen d’interagir avec eux de manière détendue. La dimension sociale n’a pas sa place dans le temps de midi.

Cet article n’est pas un pamphlet contre les mangeurs de viande ou ceux qui achètent un sandwich entre deux réunions. Au contraire. Je n’irai jamais critiquer une bonne entrecôte achetée à l’éleveur du coin qui élève ses bêtes de manière tout à fait respectable et raisonnable. Ni le fait que chacun fait ce qu’il peut pour manger bien en 30 minutes chaque jour.

C’est juste qu’à mon humble avis, il faut mettre en place une offensive d’éducation et de philosophie gastronomique. Nous avons une contre-éducation sur notre façon de manger. Nous avons tout à apprendre.

Et puis, un cri d’alarme aussi. Si nous continuons comme cela, dans 20 ou 30 ans, il sera devenu impossible de se nourrir comme nous le faisons actuellement. Si nous continuons, l’ère des aliments bons marché sera terminé. Et nous reviendrons aux émeutes du pain, et aux guerres engendrées par la faim.

En 2050, nous serons 9 milliards. Le droit d’avoir assez à manger sera une question cruciale. Prendre le temps de faire de la nourriture un moment commun, sain, et rassasiant nous sera devenu un luxe.

Bien sûr, pour les milliards de gens qui vivent et travaillent du commerce de la viande, du lait, des produits industriels, ce discours est une catastrophe. Mais beaucoup en ont déjà pris conscience et changent leurs méthodes, se reconvertissent dans une production qui a plus de sens. Et à les en croire, se sentent déjà bien plus heureux.

Comme le résume le chercheur Raphaël Haumont au Centre Français d’initiation culinaire : Soit on n’innove pas et on meurt (ça c’est Darwin) soit on innove, on change, on accepte la non viabilité de la situation actuelle.

Ce n’est pas cela dit un article pour tous vous déprimer. C’est simplement une réflexion personnelle qui prise au milieu d’un phénomène globale, appelle à une réflexion ensemble. Oui. ENSEMBLE. Pour faire de nos repas un facteur de bonne humeur.

Il y a dans notre système digestif une énorme quantité de cellules nerveuses. Le ventre est le deuxième cerveau et à ce titre, un agent principal dans notre sentiment de bonheur et notre longévité.

Peut être que pour résumer ces pages, le changement dans mon mode de vie et mon alimentation n’a que cette raison là : la recherche du bonheur. Car en comprenant un peu plus comment le corps humain fonctionne et à quel point, au contraire de la pensée de Socrate et Platon, notre corps fait le bonheur de notre esprit, et par là sa performance, je fais juste le choix de me rendre heureuse.

***

Publication du Monde du 24.01.2017 :

Moins de viande, de sel, de sucre… les recommandations de l’agence sanitaire

http://www.lemonde.fr/sante/article/2017/01/24/moins-de-viande-et-de-charcuteries-moins-de-sucre-les-recommandations-de-l-agence-sanitaire_5068115_1651302.html

via Le Monde

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2 réflexions sur “Vegan-veggie-flexi-carni? Protocole du repas.

  1. Alors tout d’abord, la longueur de cet article est remarquable. Ensuite, le listening des arguments que tu donnes nous met direct dans l’ambiance. J’ai appris beaucoup de choses, la touche d’humour est vraiment appréciable et cela rend la chose moins sérieuse. Alors ok, rien d’autre à dire que : tu m’as convaincu. Voilà. C’était fort, ça envoie du pâté (tu admiras le choix de l’expression), et ça marque. Alors crois moi que je changerai ma façon de me nourrir, et d’autant plus l’année prochaine.

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  2. Super texte Lilix,

    Long mais bien construit. Tu as l’air d’avoir fait pas mal de recherches 😀

    Par contre je nuancerai un peu plus ton propos. Je trouve ton texte très voire trop pessimiste. En effet on mange pour la plupart n’importe comment. De la viande tous les jours, des tomates toutes l’année, des plats surgelés à tout va. L’explosion technologique de ces 30 dernières années a tellement transformé l’agriculture que notre mode d’alimentation est devenu une aberration.
    Et pourtant il y a beaucoup de choses en marche pour changer les choses. L’explosion du nombre magasin bio ou marche équitable (explosion qui n’a rien à voir avec le veganisme mais qui est plutôt le moteur du veganisme), les AMAP, le développement des filiales bio des supermarchés, l’interdiction provisoire de vendre des oeufs de poule élevées en batterie, les jardins partagés, la permaculture… Il y a pas mal de choses qui bougent qui se mettent en place. Certes leur impact est encore mineur mais il grossit et je trouve dommage qu’il n’y ait pas une petite partie sur les solutions mises en place à plus grosse échelle (en dehors de simplement tes habitudes alimentaires).

    Super texte en tout cas !
    Keep up the good work !

    Des bisous

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